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EMERGENCES - Lettre d’analyse financière long terme
Chaque mois (le 1er mercredi) MemoPage.com publie sa lettre d’analyse financière long terme sur des pays, des métiers ou des secteurs émergents : micro-électronique, biotechnologies, pharmacie, mais aussi des pôles de développement comme New York, Shangaï ou Paris. Cette publication est réservée aux abonnés.
Le décollage définitif de l’Europe face aux autres pays du monde est intervenu après sa maîtrise de l’énergie au XVIII° et XIX° siècles (machine à vapeur, puis pétrole). C’est la raison pour laquelle, la question de l’énergie est aussi cruciale, voire fondamentale, malgré les progrès du « virtuel » et la baisse -toute relative- du besoin d’énergie à niveau de vie équivalent.
Pour son avenir proche, et encore plus pour son avenir à long terme, l’homme a besoin d’énergie; et la population actuelle de 7 Milliards d’individu a multiplié la base du problème par 4 en un siècle.
Pour permettre à nos sociétés de sauvegarder leur mode de vie et aux autres populations de s’en rapprocher, il y a tout à la fois, un formidable besoin d’énergie et d’économies d’énergie. Dans ce cadre, le solaire apparaît comme une des solutions durables, sous réserve d’accepter un coût de l’énergie très élevé. Cela résume bien toute la problématique de cette énergie à la fois pleine de promesses à long terme, mais dont on ne voit pas encore l’arrivée en raison du différentiel de prix avec le pétrole et le charbon. Et, de plus, le nucléaire vient doublement troubler le jeu avec des ressources en Uranium, limitées mais opérationnelles et les promesses illimitées mais lointaines de la fusion. Aujourd’hui, Il faut s’assurer de la solidité de la clause de rachat avant de se lancer dans le solaire.
La Silicon Valley présente en mars 2009 un triple intérêt :
- Face à la crise actuelle qui n’est pas la sienne, à la différence de celle de 2002, il est important de constater que les capacités de traverser ce type de crise ne sont pas infinies. La Silicon Valley licencie. L’effort d’investissement se ralentit et l’économie de l’innovation ne traverse pas les crises financières sans ressentir des contrecoups.
- La Silicon Valley est le modèle de la stratégie de développement conseillé par l’OCDE depuis les années 90 (les fameux « clusters ») et son arrivée à maturité ne manque pas d’éclairer les pays sur cette question. De ce point de vue, il apparaît deux conclusions majeures : l’avance prise par cette zone depuis 50 ans se pérénisent dans les domaines d’excellence que sont la micro-électronique et les activités directement dérivées. Sa reconversion dans le solaire paraît possible en raison de son expertise dans le domaine du silicon utilisé pour les cellules solaires. C’est un peu l’histoire de l’industrie aéronautique en France. Démarrer tôt donne un avantage durable, à condition de le maintenir !
- La reconversion de la SV dans la bio ne fonctionne pas. Il n’y a donc pas de machine à innover universelle.
Comme les technologies de l’information ont encore un avenir, la SV reste une zone où l’on peut encore réaliser de beaux investissements.
Qu’on le veuille ou non, la crise actuelle pose à nouveau la question du choix des dirigeants, de la décision de leur renouvellement, de la sanction de l’échec et de la récompense pour la réussite. Tel qui réclamait le fruit de sa réussite, ne comprend pas pourquoi il doit payer pour ses échecs, car il est bien entendu au fond de lui-même, que la première était due à ses talents alors que ce dernier est de la faute de ses subordonnés.
Mais, au-delà des bons mots, la question reste de savoir s’il faut ou s’il est possible de confier le renouveau d’un système en faillite à ceux qui l’avaient conçu et mis en place ?
Que la SEC continue de plaider non - coupable dans l’affaire Madoff et à soutenir que le « mark to market » n’est pas procyclique, n’est qu’une illustration, parmi d’autres, de cette question qui reste aujourd’hui le problème fondamental de toutes les sociétés développées qui veulent éviter la décadence et rester dans la course à l’innovation.
Depuis 2 siècles, la société américaine a su renouveler ses élites économiques plus efficacement que l’Europe et en a tiré un avantage de puissance économique évident. Son vrai défi aujourd’hui est de renouveler avec la même efficacité, ses élites intellectuelles et administratives qui avaient conçu et organisé la régulation financière du monde et qui maintenant piétinent pour en voir les défauts et les corriger.
Le décollage de Shanghai dans le cadre de la libéralisation progressive de l’économie chinoise depuis 30 ans, illustre bien la lourdeur des tendances historiques chères à Fernand Braudel.
Shanghai est la ville d’où sont parties les flottes de l’amiral Zeng He qui cartographièrent le monde dans la première moitié du XV°. C’est la ville choisie par l’Empereur pour y concentrer le commerce occidental au XIX° siècle. Cette vieille tradition n’a pas été brisée par 30 ans de totalitarisme communiste et sert aujourd’hui de fondement au développement de la ville…Et vient nous rappeler une nouvelle fois qu’il n’est de richesse que d’hommes.
Ne nous y trompons pas : les chiffres du PIB local sont encore modestes car le yuan est sous-évalué mais la réalité de cette ville est d’être aujourd’hui l’une des premières agglomérations du monde, en compétition directe avec Tokyo, New York, Paris ou Londres. Ce qui est en train d’émerger à Shanghai est l’un des pôles du monde de demain, sous la réserve toutefois que la région soit capable de conjuguer la puissance industrielle et commerciale avec une capacité d’innovation. Cette alliance entre la puissance et le mouvement est la marque du leadership économique de niveau mondial.
Numéro 14 - Décembre 2008 - Les énergies alternatives
Triple Question
L’énergie pose une triple question, de pollution des villes, d’effet de serre et d’épuisement des ressources, qui est à la fois fondamentale et en partie obsolète ou non fondée.
L’idée que l’ensemble de notre richesse se fonde sur une énergie à bon marché est de moins en moins vrai et le sera encore moins dans le futur.Pour ceux qui ne voudraient pas lire les courbes historiques, il suffit de constater combien la hausse vertigineuse du prix de l’énergie n’a qu’assez peu influer sur la croissance des années 2006-08. Les réserves encore considérables d’énergies comme le charbon, le pétrole, ou le nucléaire nous mettent à l’abri d’une crise grave.
A l’inverse, la pollution des villes est devenue une question de santé publique d’urgence si on ne veut pas voir se développer de lourdes et coûteuses pathologies pulmonaires ou cancéreuses.
Quant au réchauffement climatique, il faut convenir que les experts ne sont pas très convaincants dans leurs scénarios catastrophes et que les marchés ne peuvent donc en tenir compte.
Une triple question pour une seule réelle (la pollution des villes) incite à une grande prudence dans les énergies alternatives qui ne sont pas encore réellement compétitives mais nécessitent des investissements lourds sur plus de 10 ans et exigent donc des garanties durables.
Numéro 13 - Novembre 2008 - L'économie Sud-Africaine
Un modèle politique
Pendant un demi-siècle, l’Afrique du Sud a été le modèle de ce qu’il ne fallait pas faire : ségrégation raciale dans un pays apparemment dominé par des grands groupes capitalistes. Le Génie de MM de Klerk et Mandéla est d’avoir su transformer ces handicaps en un modèle positif, multi-culturel, multiracial, moderne et à croissance rapide.
Mais tout cela n’est pas sans tension ni problème : la sécurité n’est pas assurée partout, le niveau sanitaire est insuffisant, le niveau d’éducation n’est pas à la hauteur de la richesse du pays. Certes, mais ne faut-il pas admirer ce pays qui réussit une synthèse culturelle et raciale alors que le Liban explose, que les Balkans n’en finissent pas de se « balkaniser », que les pays de l’Asie centrale n’arrivent pas à gérer leurs minorités, que le fanatisme religieux ou le racisme conduisent à des assassinats quotidiennement ?
Ce que nous montrent les dirigeants sud-africains, c’est une voie politique vers le progrès, sans nettoyage ethnique ni guerre.
Que la situation actuelle relève des tensions, cela n’est pas surprenant et il faut avoir à l’esprit que l’enjeu global reste la question politique des cohabitations culturelles et raciales. Si ce pari politique est gagné, le pari économique le sera aussi.
Autrefois privilège des classes aisées, le tourisme est aujourd’hui une activité économique de masse en raison de l’enrichissement de la population du monde et de la diminution du temps de travail.
Le tourisme, l’évasion, autrefois chanté par Baudelaire* est aujourd’hui devenu une industrie lourde, nécessitant des investissements dépassant parfois deux années de CA annuel, et diversifiée, depuis le transport aérien jusqu’aux villages-clubs.
Cette activité croît durablement plus vite que le PNB, avec peu à peu, des limites qui se dressent : tout d’abord le côté invasif du tourisme, destructeur de la culture et des équilibres écologiques; ensuite les limites naturelles des loisirs qui ne sont pas extensibles à l’infini; enfin, c’est une activité « fragile » très sensible au moindre trouble politique.
L’arrivée massive des touristes d’extrême orient depuis 10 ans est venue conforter cette croissance mondiale. Pour les grandes entreprises de tourisme, aviation, hébergement ou, animation, bien des stratégies sont possibles à la condition qu’elles deviennent mondiales; tout en restant locales dans leur mise en œuvre !
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* « Pour l'enfant, amoureux de cartes et d'estampes,
L'univers est égal à son vaste appétit.
Ah! que le monde est grand à la clarté des lampes!
Aux yeux du souvenir que le monde est petit! » (Voyage)
Numéro 11 - Septembre 2008 - L'industrie pharmaceutique
Bouleversements
Le monde pharmaceutique est en train d’opérer une révolution technologique comparable à celle du XIX° siècle lors de l’apparition de la chimie de synthèse qui a éliminé progressivement les extraits naturels. Après la chimie d’extraction, on est passé à la synthèse chimique et on s’engage vers la synthèse biologique. Cette révolution s’accompagne d’une révolution intellectuelle qui permet aujourd’hui de comprendre lefonctionnement du corps humain et le développement des maladies.
Pour répondre à cette révolution l’industrie traditionnelle, s’appuyant sur sa capacité commerciale et administrative, procède essentiellement par concentration des « vieilles » entreprises aux marges décroissantes et par rachat des innovateurs de la biotech aux marges mirifiques.
Et ce n’est pas fini, car cette révolution cache un nouveau bouleversement dans la prédiction et la prévention au travers des analyses ADN, ARN et de protéines. Cette nouvelle étape bousculera à nouveau la pharmacie.
Dans ces bouleversements continus, il faut suivre ceux qui savent sortir vite des vieux métiers et récupérer immédiatement les innovations majeures. Le mieux serait de trouver la perle rare qui sache devenir un major en s’appuyant sur une rupture technologique.
Le concept d’histoire longue auquel Fernand Braudel faisait souvent référence pour étudier les lents basculements de l’histoire est bien utile aujourd’hui pour éclairer le cours du pétrole et séparer le fondamental de la spéculation.
La tendance lourde et à long terme est une hausse du prix de l’énergie car nous sortons d’une période d’abondance relative : surproduction d’énergie par rapport à l’augmentation de la population et de sa consommation. Sauf à trouver une source d’énergie renouvelant cette abondance, la tendance est à un renchérissement long. Mais dans ce cadre, quel est le juste prix sur une période de 10 ans ? La règle était jusqu’à peu : le coût de renouvellement des ressources. Mais ça n’est plus le cas depuis 1 an avec un prix que approche ou dépasse 100$.
Nous sommes en fait, dans une crise conjoncturelle qui double l’évolution structurelle. Le pétrole nouveau et en quantité suffisante à terme a encore un coût de moins de 100$. Gageons que le prix redescendra donc durant la prochaine décennie dans cette zone. Mais ce serait oublier l’avenir que de ne pas voir plus loin. Une économie moderne devra être économe en énergie et pour anticiper cet avenir, se fonder sur un pétrole cher dès aujourd’hui !
L’inde et la Chine se livrent une compétition économique selon deux voies et avec deux héros aujourd’hui oubliés : Ghandi et Mao. A la lumière des théories de la lutte des civilisations récemment popularisées par M. Huttington, il faut se demander si le derby asiatique du développement révèle la faillite des vieilles idéologies ou la renaissance de ces civilisations. Les deux grandes civilisations que sont l’Inde (avec la complexité de sa spiritualité) et la Chine (avec son matérialisme multiséculaire) ont engagé simultanément une vaste transformation en vue d’intégrer ce qui semble faire la force de l’occident : son dynamisme renouvelé dont la source est jusqu’ici attribuée au capitalisme libéral développé depuis le XVIII°.
Mais la force de l’Occident est de se renouveler par une innovation permanente qui nécessite une remise en question de ses valeurs et une prime à « l’efficacité » au détriment des croyances et des fondamentaux de sa tradition. L’Occident a-t-il gagné la bataille des civilisations car il a accepté de ne plus en être une et qu’il a réduit son « message » à
des mécanismes économiques restreints ? Ce qui est imposé au reste du monde est une nouvelle conception du monde, qui ne s’impose que parce qu’elle est limitée mais efficace. Reste à savoir ce qui se construira autour ?